vendredi 24 juillet 2009

de la vertu volatilisatrice de la moquerie

Ma mère et ma cyber partagent ce trait commun, je crois, de s'exclamer à telle ou telle remarque de ma part, à périodicité réglée, et avec un sens certain de la répartie : "Ah lala mais quel moqueur celui-là !"
J'ai rarement ouvert un livre de Julien Gracq sans avoir le sentiment qu'il m'était destiné, qu'il était, pour le coup, absolument "mon genre", qu'il n'y avait pas de meilleure façon de rendre justice à la vie et à l'art du langage. Aussi n'ai-je pas été surpris, l'autre soir, de trouver dans Un beau ténébreux (1945) cette phrase qui cerne définitivement la question :

« Il y a une moquerie chaleureuse et douce, assise sur la plus étroite des complicités, celle qu’on n’a pas à avouer, — et qui n’est faite que du besoin de volatiliser un excès de sympathie. »

lundi 20 juillet 2009

pas mon genre

« Nos rapports avec la lecture sont des rapports amoureux. Il y a des livres qui ne sont pas "notre genre" et auxquels nous finissons par succomber, d'autres que nous aurions voulu aborder et qui nous tiendront à distance toute notre vie. »

De traces, sillons, journal de lecture et d'écriture de Claire Malroux publié aux éditions José Corti et dont la tranche douce, ébouriffée après que le lecteur patient lui a hiératiquement découpé toutes les pages, dit déjà beaucoup, c'est non sans un sourire que je recueille cette trace. Tant j'ai précisément éprouvé, à la lecture, ce sentiment, que je n'aurais pas pensé à formuler ainsi, qu'il n'était pas vraiment, ou plus, "mon genre" : quel rapport entre cette femme vieille qui a son oeuvre de poète et de traductrice derrière elle et l'embrasse d'un regard rétrospectif dépassionné, a le goût des étymologies latines, va contempler des toiles au musée, prend le temps de se demander comment les oiseaux voient les hommes, part en villégiature à Cabourg, aime Proust, enfin qui publie son "blog" sous la forme la plus intempestive qui soit — un livre non massicoté —, et l'homme plutôt jeune, qui a peur de la sienne, du temps, guetté de passions impatientes, un peu trop souvent en colère contre ce qui est, au moins provisoirement séparé du monde, que je suis ? Chez qui la contemplation laisse place au clic et l'intempestif au flux d'actualités ? Plus enclin qu'au poème à la profération, à l'imprécation, si, le plus souvent, il ne déposait pas les armes aux pieds du silence ?
Non sans malice, disais-je, que je recueille cette trace, tant, justement, j'ai succombé à cet appel au calme, à ce rappel à ce qu'en poésie on a pu appeler la présence (non que Claire Malroux s'en réclame ici), à cette façon appliquée d'élaborer dans le langage une attention consentante au monde. A ce qui, jadis, a été "mon genre".

dimanche 19 juillet 2009

Mouret s'éclate

Au cinéma de mon adolescence, le cinéma où j’ai découvert le cinéma (assisté par les lundis soirs d’Arte), douze ans plus tard et après l’ouverture d’un multiplexe de périphérie concurrent, un incendie et une restauration évidemment très réussie qui me rend les retrouvailles d’autant plus heureuses, Fais-moi plaisir, d’Emmanuel Mouret, dont je savoure l’inlassable et loufoque exploration du désir comme sentiment, comme discours, depuis Changement d’adresse (2006) qui m’avait si bien enchanté que, chose exceptionnelle, j’étais allé le voir deux fois ; Vénus & Fleur (2004) que j’avais revu à la Cinémathèque sans le faire exprès, étourdiment, ce qui est un bel hommage à la Mouret’itude ; sans oublier Un baiser, s’il vous plaît (2007), que ce mien blog ¬- comme quoi, ça sert à quelque chose – est fort heureusement là pour me rappeler l’effet qu’il m’avait fait. (Pour répondre à la question que vous n’osez pas me poser, oui, mes pédagogues m’ont toujours conseillé la phrase courte, c’est bien pour ça que je vous la sers longue. A moins que ce ne soit tout simplement, toute boutade mise à part, l’influence stylistique, comme d’habitude inexorable, de mon travail du moment.) Pas tant Rohmer, cette fois, que Lubitsch et une belle résurrection de Tati, et Guitry, Feydeau peut-être, enfin Mouret, la comédie sentimentale. Je me délecte de cette manière renouvelée qui fait davantage primer les situations sur les dialogues et va de pair avec un léché toujours plus léché – le plaisir du film, comme il y a le plaisir du texte – générique, image, costumes, décors, visages plus chatoyants que jamais. Seulement voilà, j’ignore si c’est cécité ou inattention de ma part, mais en sortant, je me suis senti beaucoup moins transporté que les fois précédentes par la subtilité de composition, la profondeur légère, la vérité intime de l’œuvre. J’avais le sentiment que les moyens plus importants peut-être que laisse supposer les cents et quelques copies diffusées du film, Emmanuel Mouret les avaient investis dans plus de fantaisie au risque de perdre, ou de ne pas gagner en consistance.


Peut-être aurai-je été trop occupé à trouver le sens, à découvrir quel charme, quelle mystérieuse puissance recelait ce film pour qu’en en sortant il y a une bonne semaine de cela, B., elle, ait perpétré un acte si préoccupant que je n’ai su l’imputer qu’à l’empire prolongé de l’illusion comique.

dimanche 12 juillet 2009

létalité atténuée


Aujourd'hui, j'ai appris dans Wikipédia que le flash-ball était « une arme sub-létale » (ou, slogan du fabricant, « à létalité atténuée ») « principalement destinée à permettre aux forces de polices de restaurer l'ordre durant des émeutes sans causer de morts ».
Par ailleurs, j'ai appris sur tiers livre et Rue89 qu'à Montreuil, le flash-ball serait une arme à dangerosité avérée (« trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée ») déchargée sans sommation par les forces de polices pour disperser des manifestations festives (et, jusqu'à preuve du contraire, pacifiques).
Pensées pour Joachim Gatti, réalisateur, qui a laissé un œil dans cette redéfinition.

vendredi 10 juillet 2009

un lien

Cher M.,

J'ai parcouru avec une grande joie vespérale tes entrées depuis le 30 juin pour finir par tomber sur celle du 23.
C'est ce que j'appelle faire un lien, ou, pour parler comme Paypal, faire un don.
Merci de m'avoir prouvé combien à l'image manquait sa légende. Infiniment.
Bon vendredi,
Ton obligé !

janu

mercredi 8 juillet 2009

avis aux malheureux "propriétaires privés de revenus" (Le Monde)


Pour faire taire les folles rumeurs qui courent à la une des journaux, j'ai l'honneur de vous informer que mon loyer, révisable (et révisé) annuellement en fonction de l'indice INSEE de référence des loyers (IRL) du premier trimestre, augmentera le mois prochain de 1,81 % (cependant que le SMIC connaît lui une augmentation minimum légale de 1,3 %, et que les tarifs moyens en vigueur dans ma profession, comme depuis une vingtaine d'années, resteront de marbre — pour importer les chimères et les visions du monde de gens qui ne parlent même pas le français, contrairement aux gars qui conçoivent la pub pour le jambon et qui sont utiles, eux, à la société, vous me direz que c'est déjà cher payé). Pour rassurer les malheureux "propriétaires privés de revenus", j'ajouterai néanmoins que l'indice des prix à la consommation est en baisse de 0,3 % entre mai 2008 et mai 2009. J'ignore si cela se vérifie sur le prix du carré Hermès.