mercredi 18 mars 2009

sans que chaussure ne vole

(via Mediapart)

"Vous savez dans la crise y a beaucoup de gens qui perdent leur sang-froid. Surtout parmi les élites. Dans une grande caractéristique. On se demande parfois plus ils ont fait d'études... ggyé... à part euh... à part Patrick [Devedjian], mais... [rires idiots] Sss franchement, par moments ... par moments on se demande c'est à quoi ça leur a servi toutes ces années pour avoir autant de mauvais sens."

Nicolas Sarkozy devant les salariés de l'entreprise Alstom d'Ornans.

Franchement, par moments, on se demande c'est pour qui que les populistes y prennent le peuple pour leur parler comme ça.



samedi 14 mars 2009

In a Zazie mood


Aujourd'hui, rencontré Juliet S. H., cinq ans presque six, qui m'a tiré par la main sous la galerie des Tuileries comme si j'étais mieux que le truchement de sa mère en grande conversation, et, comme si je n'étais pas Français, craché en amerloc entre ses dents manquantes qu'il n'y avait pas de chauve-souris dans sa chambre, mais un grand lit pour chacune et carrément un big refrigerator in the living-room. Can you believe that ?
L'air du type qui vient jouer sans broncher, je dois avoir.
Ms H. a suggéré qu'elle se contente de me montrer le hall du four stars.
Zazie, va.

mercredi 11 mars 2009

viva la muerte...


La pensée qui m'obsède en sortant hier de la projection d'Harvey Milk, film foncièrement politique & cinématographiquement neutre de Gus Van Sant qui retrace la vie d'un grand militant des droits des homosexuels, film au fond très gay qui m'emplit d'optimisme, me comble de joie, de combativité et d'amour des gens, mais ne rechigne pas à faire chialer Margot selon la procédure homologuée à Hollywood ; la pensée sur laquelle je reporte ma désolation après cette unhappy end annoncée & tragique, que je refuse (c'est pas juste et y a pas marqué Margot), c'est que, trente ans après, si la reconnaissance des homosexuels a avancé, les Etats-Unis n'ont toujours pas commencé à résoudre ce qui est peut-être un de leur deux problèmes politiques fondamentaux avec la peine de mort : à savoir la libre circulation & la culture des armes à feu, qui permettent à n'importe quel fasciste en puissance de devenir un fasciste en acte. Pour moi, à la fin, c'est ça, l'histoire : ce n'est pas tant qu'on assassine un activiste homosexuel - qu'on en ait le désir, en forme le projet n'a rien pour surprendre - c'est qu'il soit si aisé d'y parvenir (et de s'en tirer à bon compte au tribunal, mais là on en revient à l'injustice homophobe).
C'est à cette violence tapie au cœur de la démocratie américaine, qui marche de concert avec une martyrologie des grands progressistes assassinés, que s'adresse ma colère. D'où il faut certainement déduire que Gus Van Sant, l'auteur d'Elephant et de Last Days, continue de creuser son sillon, et mène deux combats à la fois.
Voyez Harvey Milk !

dimanche 8 mars 2009

déclaration

(Ayé, : j'ai regardé la téloche, c'est-à-dire l'interface à usage universel qu'est l'écran de mon ordinateur, et il m'est venu comment contribuer au site déclaratoire monténégrin.)

mardi 3 mars 2009

Mur du son à dix heures


Aujourd'hui, je me suis aperçu que Dixheures, qui plus que tout m'a fait rompre avec le CD, et dont j'ai vu grandir le catalogue avec enthousiasme, se transformait en un vrai site de réseautage - tes "amis" peuvent écrire sur ton "mur du son" et tu peux indiquer ton "statut" - où vont-ils donc chercher tout ça ?
Par conséquent, et par la force des choses, je me suis aperçu que je devenais membre de mon premier réseau social.

Aujourd'hui, j'ai appris qu'Eurythmics avait fait une intéressante reprise de Françoise Hardy :






et France Gall un disque en allemand (je déconseille d'écouter le morceau qui suit en entier sous peine de séquelles, et décline par avance toute responsabilité - ah, Godot m'a entendu ou il avait prévu le dispositif de sécurité, parce que ça s'arrête automatiquement au bout de 30 s.) :






Les titulaires d'un compte Dixheures désireux de se détendre peuvent même approfondir la question en se mesurant au blindtest (censément) délicieusement kitsch que, du coup, j'ai fini par concocter, à bases de grands classiques et d'insignes raretés - on vous sert déjà deux réponses sur un plateau !

Encore une bonne journée de faite...

P. S. du 11.03.09 : sur Deezer, ses évolutions et son modèle économique, un article dans Eco 89.

lundi 2 mars 2009

machines à bonheur


"La production du consommateur [...]

[Le capital fixe immatériel] fonctionne, autrement dit, pour produire des désirs, des envies, des images de soi et des styles de vie qui, adoptés et intériorisés par les individus, les transformeront en cette nouvelle espèce d'acheteurs qui "n'ont pas besoin de ce qu'ils désirent et ne désirent pas ce dont ils ont besoin". C'est là la définition du consommateur telle que l'a conçue, mieux : inventée, un neveu de Freud, Edward Barnays, au début des années 1920.
Barnays s'était installé aux États-Unis au moment où les industriels se demandaient par quels moyens ils pourraient trouver des débouchés civils pour les énormes capacités de production dont l'industrie s'était dotée pendant la Première Guerre mondiale. Comment trouver des acheteurs pour tout ce que l'industrie était capable de produire ? Barnays tenait la réponse. Il avait mis au point une nouvelle discipline, les "relations avec le public" (public relations). Dans des articles, puis dans des livres, il se mit à expliquer que si les besoins des gens étaient limités par nature, leurs désirs étaient par essence illimités. Pour les faire croître, il suffisait de se débarrasser de l'idée, fausse, que les achats des individus répondent à des besoins pratiques et à des considérations rationnelles. C'est aux ressorts inconscients, aux motivations irrationnelles, aux fantasmes et aux désirs inavoués des gens qu'il fallait faire appel. Au lieu de s'adresser, comme elle l'avait fait jusque-là, au sens pratique des acheteurs, la publicité devait contenir un message qui transforme les produits, même les plus triviaux, en vecteurs d'un sens symbolique […].
Quand l'industrie du tabac approcha Barnays en lui demandant s'il voyait un moyen pour amener les femmes à fumer, Barnays releva sans hésiter le défi. La cigarette, expliqua-t-il, était un symbole phallique et les femmes se mettraient à fumer si elles voyaient dans la cigarette un moyen de s'émanciper symboliquement de la domination masculine. La presse fut prévenue qu'à l'occasion du grand défilé, à New York, de la fête nationale, un événement sensationnel allait se produire. Effectivement, au signal convenu, de jeunes élégantes, au nombre d'une vingtaine, tirèrent cigarettes et briquets de leur sac à main et allumèrent leurs symboliques freedom torches ("torches de la liberté"). La cigarette était devenu le symbole de l'émancipation féminine. Barnays - et l'industrie du tabac - avaient gagné.
"Vous avez transformé les gens en infatigables machines à bonheur" ("constantly moving happiness machines"), dit le président Hoover à Barnays en 1928. Barnays, de son côté, était parfaitement conscient d'avoir, en même temps, transformé des citoyens potentiellement dangereux pour l'ordre établi en consommateurs dociles : les gouvernants, pensait-il, allaient pouvoir agir à leur guise aussi longtemps qu'ils sauraient canaliser les intérêts de la population vers et par le désir individuel de consommer."

André Gorz, L'Immatériel (Galilée, 2003, pp. 64-66)