samedi 20 décembre 2008

bercail

"C'est mon armoire qui rêve", commente machinalement ma mère après que le bois a craqué.

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mardi 16 décembre 2008

un cas d'extraduction ou comment Jacques Brel, adapté, a fini repris par Nirvana


Aujourd'hui, j'ai fini par réaliser que c'était en fait Jacques Brel que Nirvana avait repris en chantant "Seasons in the sun", et j'ai fait l'expérience de l'Un le monde, vivant du grand mouvement des œuvres qui circulent dans ses veines, m'a soudain paru profondément sensé et cohérent.






Ce faisant, je n'ai pas été peu ébaudi de la dérive sémantique qu'avait connue l'œuvre originale en franchissant l'Atlantique, passant de la profession de joie tragique du viveur ("J'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse, j'veux qu'on s'amuse comme des fous", au futur) à la mélancolie douce du mourant sans regrets ("We had joy, we had fun, we had seasons in the sun", au passé).
Et bien sûr, exeunt l'Emile, l'Antoine, le curé, l'adultère et toutes ces spécialités belges !






Faut-il en déduire que le "traducteur" a fait ça de loin, avec désinvolture, et sur la base d'une compréhension approximative du français et de la chanson ? (C'est que je serais du genre bêtement suspicieux qui ne fait pas nécessairement crédit aux collègues...)
Pas vraiment.
D'abord, il semble que Kurt Cobain n'ait pas le texte de l'adaptation originale, dont j'apprends qu'elle est l'œuvre du musicien et poète beat (méconnu ?) Rod McKuen. Dans celle-ci, certes, le curé s'est transformé en Papa, "ma femme" s'appelle soudain Françoise, son adultère est évoqué si son amant, l'Antoine, a sombré corps et bien avec ses deux couplets, tandis qu'apparaît in fine la petite Michelle, qui, manifestement, n'était pas encore née dans le texte et le cerveau de Brel. Mais Emil est bien là, fidèle au poste, alors on se demande bien pourquoi Kurt préfère lui donner du "my friend", c'est si impersonnel.
Ensuite, Rod McKuen dit avoir fréquenté Brel et travaillé avec lui, et c'est probablement très consciemment qu'il se sera approprié la chanson pour la réécrire. Car s'agissant du refrain, qui en fait tout le sens, très fort - une attitude devant la mort - le changement paraît profond.
La réécrire, bon, mais avec la bénédiction de son auteur ?
Plus ou moins.
Lorsqu'il évoque brièvement le souvenir de Brel, c'est précisément sa mort que Rod McKuen choisit de commenter, en ces termes :

"Quand j'ai appris la mort de Jacques, je me suis claquemuré dans ma chambre et j'ai bu pendant une semaine. Il n'aurait pas approuvé cette façon de m'apitoyer sur mon sort, mais j'étais incapable de faire autre chose que de repasser nos chansons (nos enfants) et de ruminer ce qu'il nous restait à vivre ensemble."

Supposons donc que Brel, sans vraiment approuver l'adaptation, avait reconnu l'enfant...

vendredi 12 décembre 2008

Finir la partie

Je repense à cette amie qui m'avait raconté qu'elle n'écrivait pas mais faisait l'inventaire, dans un carnet, des titres de livres qu'elle aurait envie d'écrire. Je repense à cette autre amie que j'ai souvent affrontée au ping-pong au cours de parties disputées qui se terminaient toutes immanquablement par ma défaite, parfois au prix d'une remontée spectaculaire et inespérée de mon adversaire. Dans ce contexte apparemment sans enjeu, dans la frivolité de façade du jeu, elle m'avait dit une chose que j'avais reçue comme l'une des vérités les plus cruciales me concernant : "Tu ne sais pas finir tes parties."
Crucial, cela s'était avéré l'année précédente, puisqu'après avoir perdu de nombreux matchs que nous jouions pour nous détendre entre les écrits et les oraux avec une autre brillante cadette, je m'étais couché en finale du concours de l'ENS, alors même qu'elle triomphait. C'était certes une athlète de haut vol, et l'entraînement y était pour beaucoup, mais j'avais vraiment été incapable de gérer la tension de fin de match.
Et crucial, ça n'a pas cessé de l'être, bien au contraire, puisque je suis allé embrasser une carrière dont l'une des premières exigences est l'optimisation du rapport qualité/temps (rien de très original), mais aussi le respect du délai, autrement dit savoir finir ses parties. Comme pour aller au-devant de mes démons, jugeant (avec la pondération d'un Don Quichotte ?) que la meilleure façon de les conjurer était encore de les attaquer bille en tête. Un métier dont l'une des premières vertus passe pour être la régularité, où l'on dispute des manches de plusieurs mois qui nécessitent de doser son effort, de ne pas perdre de temps à rentrer dans le match, de ne pas se laisser déconcentrer et déborder par l'adversaire, qui n'est autre que le temps lui-même (car à vrai dire, pour ce qui est de traduire, on parle plus volontiers de traversée en solitaire que de match de ping-pong).
Alors bien sûr il y a déjà Beckett, cette Fin de partie que je n'ai pas souvenir d'avoir connue personnellement. Mais ce soir, je me dis que si j'avais un carnet comme celui de ma copine T. , j'inscrirais, à la page "premier roman de chez Minuit", le titre Finir la partie. Parce que celle-ci, encore, j'aurais pu mieux la jouer.

jeudi 11 décembre 2008

minutes du 11XII08

Aujourd'hui, l'autre y va carrément :

"Mais il y a aussi le choix des mots, des nuances, la construction des phrases et leur couleur, leur niveau, qui font de la traduction d'une langue vivante le plus puissant outil d'enseignement de la langue maternelle. La contrainte est là, permanente, d'elle jaillit la lumière. À l'heure actuelle, les écrivants en français qui connaissent le mieux, le plus profondément, la langue française, ce sont les traducteurs professionnels - et de très loin ! D'ailleurs, pour être un bon traducteur, il ne suffit pas de savoir parfaitement la langue que l'on traduit, ou langue de départ ; mais il faut être inspiré dans la langue d'arrivée." (Claude Duneton dans Le Figaro)

Soyons bons, soyons parfaits - élite linguistique, rien que ça.
En même temps qu'il est banal mais pas fautx de dire que la tâche est soumise à une éthique d'humilité.
Pas forcément inintéressante, cette idée d'enseigner de concert les langues secondes et la primordiale, et vous reprendrez bien deux heures d'EPS - nul ne doute que le Ministère de l'Education n'aille débloquer des fonds pour faire venir ces inspirés dans les lycées...

*

Après avoir demandé en riant à ma mère de ne pas m'offrir de cadeaux fabriqués en Chine, chose qu'elle a prise très au sérieux, je lui envoie, en prévision de mon prochain séjour gastronomique, le Guide de Noël des produits avec ou sans OGM de Greenpeace. Moi je vous l'dis, des fois, vaut mieux pas m'avoir pour fils.

mercredi 10 décembre 2008

minutes du 10XII08


J'occupe un poste à responsabilité doté d'un important pouvoir décisionnel. A tout instant j'ai à faire des choix, lexicaux.

*

Non contente de toucher sa bille dans le genre autobiographique, ma cybermère, auteure du trop méconnu Café des Platanes, histoire de son enfance et de sa famille, se lance dans l'autoportrait :



Très réussi. Ledit loupiot la remercie.

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Le lendemain de nos retrouvailles d'un soir, dans la nuit froide mais illuminée de Montmartre, S. pensait encore à nous, elle aussi. Elle nous l'écrit dans une carte postée de la gare avant de regagner Montpellier. Autant que je sache, cet être a toutes les grâces. Comme quoi, une enfance est-allemande... Le genre d'individu dont on serait curieux de connaître les parents.

vendredi 5 décembre 2008

un banal dévoiement de la parole & du sens

C'est évidemment trop beau pour ne pas être relevé.
Lu ce matin dans Le Monde :

"Augmenter la redevance, sûrement pas. (…) En même temps, on ne peut pas être exigeant à l'égard de l'audiovisuel public et le laisser dans un état chronique de sous-financement. Je préfère qu'il y ait un peu plus de publicité sur les chaînes publiques plutôt que ces chaînes n'aient pas assez de moyens pour financer beaucoup de programmes de qualité."

Nicolas Sarkozy, avril 2007