jeudi 31 janvier 2008

par coeur

A 16:16, c'est comme Marignan, je pense à ce sacré Shakespeare (mais pas à Cervantes).

mercredi 30 janvier 2008

mon royaume pour une baguette

Pendant le déjeuner, B., rentrée dans la matinée de Berlin après trois jours d'absence, s'exclame avec entrain :
" C'est ça qui m'a manqué : du bon pain et du vrai fromage !"
Je feins le quiproquo et, non moins jovial, l'assure que je ne lui en veux pas.

jeudi 24 janvier 2008

Qui était Monsieur Georges ?

Retrouvailles au troquet, dans la presse de midi, nous une "table de cinq" et au bout Monsieur Georges, que les patronnes embrassent. Au Temps des Cerises, regrets que nous n'y fussions pas pour ce vieil homme touchant.

mercredi 23 janvier 2008

photos dédicacées

Tout compte fait, il paraît que le 21e siècle aussi sera religieux.


La prière du Seigneur
& autres contes de fées


On peut s'en inquiéter...



Madame Grossesse Précoce

vendredi 18 janvier 2008

je suis une ville

Aujourd'hui, parce qu'il existe une éventualité très incertaine que cela soit, B. et moi nous sommes imaginés que nous déménagerions à Tours. Et comme nous nous étions lancés, avec les moyens d'internet, dans un repérage virtuel de cette ville à peu près inconnue, mon esprit rêvait d'espace habitable et de paysage, d'arbres qui ne soient pas dénombrables et de grand fleuve. De même que bien souvent c'est dans cet état de rêverie, plus ou moins arcadienne, que me plonge le carnet d'Emmanuel Pagano. Et donc il se pourrait que je ne tienne pas davantage à Paris. Que mes espoirs, à l'âge que j'ai maintenant, soient de cet ordre-là. En fait, je me demande si je suis capable de rester plus de cinq ans quelque part, si l'un des projets que j'ai formés pour moi, à 17 ans, n'est pas d'annexer dans ma mémoire, par arpentage patient, le plus grand nombre possible de territoires ; de convertir en ici le plus grand nombre d'ailleurs. D'habiter sur le mode de la collection.
Du reste, il y a aussi toutes ces contrées juxtaposées dans les 105,40 petits km² de Paris, et je me souviens de cette autre rêverie conçue sur le port Saint-Bernard, ou le pont d'Austerlitz ou ailleurs, sur le trajet de la longue, la seule promenade que la voyageuse Cl. et moi ayons jamais faite ensemble, ce jour sans réplique où notre correspondance avait pris corps : j'habiterais tour à tour chacun des vingt arrondissements, et dans vingt ans je connaitrais Paris.
Mais il se peut simplement que Paris soit une lutte que je n'ai pas le cœur de soutenir.
 

jeudi 17 janvier 2008

Gilda et les deux Pierre

Je me demande un peu ce qu'a pu penser Gilda lorsqu'après une demi-seconde d'hésitation (le pseudonymat comme rempart - de sauvagerie et timidité - contre les contigences du monde n'est pas encore une chose à laquelle je renonce sans y réfléchir), j'ai viré net et à 90° pour fondre sur elle que le mur, dans son dos, empêchait de s'enfuir. Puis que j'ai dit, sans plus de formes que n'en mettent les conspirateurs aux portes réservées : "Janu."
Mais après tout Gilda, blogueuse installée, qui ne cache ni son nom ni son visage, n'est peut-être pas si inaccoutumée à ce que des inconnus la reconnaissent et viennent à elle dans les sociétés littéraires. Et puisqu'elle m'avait fourni prétexte à nous rencontrer le lendemain, la surprise de cet imprévu était, en somme, d'actualité.
En rentrant, je songe à ce que la rencontre de quelqu'on qu'on lit a de singulière - on se sent spontanément familier mais on s'étonne, puisqu'on vient seulement de faire les présentations ; il y a une sorte d'intimité floue et trouée, qui nécessite ajustement, une mise au point de la fiction* vers le réel. Ou peut-être que cette familiarité tient simplement à ce que, même sans trop se connaître, on fait partie de la même secte.

Aux côtés de Gilda, je vérifie cette fois encore que c'est sans fin, jusqu'à ce que mort s'ensuive, que je pourrais écouter Pierre Bergounioux user, de vive voix, de "l'expression publique légitime", prendre la parole, garder jalousement le silence, raconter le destin et la condition des hommes, par le recours à l'histoire, et aux histoires qui chacune en manifestent une bribe de sens.
Que Pierre Michon est un peu à la littérature ce que François Hollande est à la politique française, le fou du roi. Mais quel fou, et quel roi...

Dans le bus, à l'aller, je relève cette phrase de la lauréate du prix Wepler, dont le roman avait si grande réputation que je suis pour l'instant un peu déçu : "Je suis constitué de fragments très distincts et séparés les uns des autres par de grands vides."
La poésie, le journal ? - en fait d'expression publique légitime, quelques mots risqués dans le blanc, et qui vous constituent.

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* à l'instant, soit deux jours plus tard, François Bon parle, lui, d'identité numérique : "cette identité numérique, qui devient concrète à force d’images, d’interventions, d’accumulation n’est pas notre être civil. Elle a la même complexité que ce que nous avons appris de longtemps à explorer, déchiffrer, pour ce qui sépare et mêle l’artiste Marcel Proust ou l’artiste Louis-Ferdinand Destouches de leurs narrateurs, voire même de leur masque d’écrivain, Saint-John Perse ou Céline..." (cité sans nulle identification mégalomane.)

dimanche 6 janvier 2008

j'étais parti

Vendredi soir, j'étonnais en ne cachant pas mon dépit, en disant aux amis réunis in extremis à notre table que j'avais hâte d'être de retour à Paris et de travailler, que tout retourne à la normale. Puisque c'était comme si mon corps ne m'avait pas suivi en vacances, et mené dans les collines de Thuringe, puisque je n'avais pas respiré le tiers du quart du grand air que j'étais venu chercher. Qu'amoindri, c'était comme si ces jours avaient été annulés.
Il fallait ce déplaisir léger et étonné à retrouver, des fenêtres du train, à Forbach, le décor familier du pays natal, puis les vanités, les duretés de la ville capitale ; il me fallait constater que rien d'important ne se produit nécessairement lorsqu'on est coupé d'internet et de sa radio pendant cinq jours, et ce déplaisir à l'idée que le bruit médiatique puisse, à nouveau, envahir le silence où l'on s'appliquait, tout à l'heure, à prendre langue ; il fallait que les deux climats constrastés se superposent un moment en moi, que perdure la douceur, et constater qu'en sept heures les trains vont un peu plus vite, amen, que le coeur d'un mortel, pour mesurer à quel point, bel et bien(heureux), j'étais parti.

vendredi 4 janvier 2008

il faudra qu'on m'explique

Des Affinités électives, qui ne me parle pas comme je l'espérais, ni ne me frappe comme la grande oeuvre qu'il est réputé être, et que je lis par conséquent avec un intérêt qui relève d'abord de l'histoire littéraire et de l'anthropologie, tant, tout de même, Goethe y insiste sur des questions, relève des faits, dispose des éléments - détails - qui, si leur signification, leur rôle dans la machine textuelle m'échappe, provoquent l'étonnement d'un autre lieu, d'un autre temps - je note cette phrase, insolite elle aussi, insolente, et belle, et poésie, soleil, qui ne cesse de me réjouir :

"on ne semblait vivre que pour se mouiller et se sécher ensuite" 
("es war, als wenn man nur lebte, um naß zu werden und sich wieder zu trocknen")