mardi 27 janvier 2009

dernière minute

_ pense que le bonheur est dans l'aimer, le jouir, le contempler et le penser - et que la soi-disant "valeur travail", cette servitude de la nécessité dont le progrès consiste à s'émanciper, n'en est une que pour ce ils non sans visages qu'avec Michel Surya, il choisitra d'appeler "la domination". A peu de choses près.

tout est ouvert

" Avec hésitation, mais sur l'invitation spontanée de Mary, j'introduisis le bout de mon index entre les lèvres du trou de Mary, et je fus surpris de découvrir combien le mot "trou" était inadéquat pour désigner ce que je rencontrai. Car le trou de Mary comportait des plis et des protubérances et, à ce qu'il me sembla, ses fausses et ses vraies entrées ; et - comme je découvrai la vraie - il révéla le pouvoir qu'il avait de changer de configuration et de texture à mon contact, de suggérer un labyrinthe moite de secrets passages qui s'entrelaçaient à l'intérieur. La toison noire bouclée - qui venait à peine d'éclore - entre les cuisses de Mary, et qu'en cet instant la riante lumière des Fens caressait de manière avenante, avait, à examen plus approfondi, un chatoiement cuivré. Je plongeai un doigt, jusqu'à la première, jusqu'à la seconde articulation dans le trou de Mary ; puis un deuxième doigt le long du premier. C'était possible, c'était en vérité nécessaire, car le trou de Mary se mit à révéler un pouvoir de sucer, d'ingérer ; une voracité qui me fit m'arrêter un moment. Et pourtant le principal pouvoir, et le plus surprenant, du trou de Mary était sa capacité de déchaîner des vagues de sensations non seulement sur tout le corps de Mary, mais sur tout le mien ; et ce, non par quelque processus d'association mentale mais par un courant électrique direct qui courait le long de mon bras, m'empourprait le visage et affluait vers cette partie de moi-même où Mary appliquait simultanément sa main.
Car, d'une façon tout aussi inexorable que j'explorais le trou de Mary, Mary explorait ma chose. Assurément c'était elle qui de nous deux était la plus hardie. Ce fut elle dont les doigts furent atteints en premier de picotements et furent à l'œuvre avant que je n'aie osé, et ce fut seulement alors, aiguillonné par elle - empoignant et guidant ma main, tirant ses vêtements vers le haut et vers le bas - que j'usai des miens.
Mary éprouvait une démangeaison. Et cette démangeaison était celle de la curiosité. Dans son corps de quinze ans la curiosité chatouillait et gratouillait, la faisant se trémousser et vagabonder du regard. La curiosité la conduisait, au-delà de toute restriction, à désirer toucher, voir de ses yeux, expérimenter tout ce qui lui était inconnu ou caché. Ne prenez pas cet air goguenard, mes enfants. La curiosité, qui, entre autres choses, nous distingue des animaux, est un ingrédient de l'amour. C'est une force vitale. La curiosité, qui nous enlise dans des méditations ardues et peut nous mener à écrire des livres d'histoire, pourra ainsi, à l'occasion, comme lors de cet après-midi au bord du Hockwell Lode, nous réveler cela que nous entrevoyons rarement sans dommage (car il nous apparaît plus souvent - cadavres, grappins - sous les voiles de la terreur) : l'Ici-et-Maintenant.
Lorsque j'eus fini d'explorer le trou de Mary, celle-ci continua notre hommage à la curiosité par des moyens verbaux. Elle parla d'hymens et de ses saignements menstruels. Elle était fière de ses saignements. Elle voulait me montrer lorsqu'elle saignait. Elle voulait que je voie. Et ce fut tandis qu'elle parlait de ces mystères, et d'autres encore, alors que le soleil brillait encore sur sa toison cuivrée, que je pensai (de même peut-être que Mary) : tout est ouvert, tout est clair ; il n'y a pas de secrets, ici, maintenant, dans ce paysage de néant. "

Graham Swift, Le pays des eaux
(traduit de l'anglais par Robert Davreu, 1985, Folio, pp. 76-77)

dimanche 11 janvier 2009

Mânes

"Il ne raconte rien. On n'est pas bavard chez moi. Ce n'est pas qu'on ne saurait pas. J'ai surpris des flots de vocabulaire et des phrases étonnantes, rythmées, quand l'un ou l'autre répondait à une question. Et c'est probablement là que se tient le mystère du silence : on ne posait pas de question de peur de déranger, d'ouvrir une plaie difficile à guérir, de ne pas savoir quoi faire d'une confidence, d'aller voir là où se tiendrait la folie, des choses qu'on sait tous les uns des autres pour un peu qu'on soit légèrement médium, c'est-à-dire humain. Chacun sa peine et les vaches seront bien gardées. Alors, difficile de se mettre à raconter l'innommable."

Cathie Barreau, Visite aux vivants (Editions Laurence Teper, 2007, p. 77)

Dans Visite aux vivants, Cathie Barreau, médium, s'appuie sur des bribes de choses dites, de récit familial, pour se transporter dans l'ombre de ses aïeux vivants, convoquant au présent, par un procédé d'hypotypose discret et efficace, ce qu'elle imagine avoir constitué l'intimité de leur expérience.
Ce sont des gens de peu, propriétaires de leur seule existence, qui vécurent au siècle dernier non loin de la Vie, petite rivière du nord-ouest de la Vendée.
Je trouve, dans l'évocation de ces vies imprégnées d'humidité et de chants d'oiseaux, passées sous l'horizon borné, le couvert du bocage, où l'on veut croire aux sorcières, mais où joue le soleil, comme une réminiscence de Georges Sand mais plus âpre peut-être, plus réelle. Et j'imagine aussi que Cathie Barreau n'a pas lu sans connivence ce bon Pierre Bergounioux.

Dans ces 88 pages, je relève ces lignes qui font écho - autre temps, autre guerre, mais culture parente et semblable silence - à une expérience que j'ai approchée pendant les dernières vacances, d'une transmission retenue.
Dans le texte sur lequel je travaillais depuis plusieurs semaines, un autre de ces récits qui cherchent à cerner en quoi nous nous situons dans le prolongement des histoires de nos ascendances, j'avais en effet été arrêté par ce postulat : que nous grandissons tous sous l'égide d'une histoire familiale. Je m'étais dit : non, si peu de choses, si peu de choses sont transmises, je viens de familles sans histoires. Je m'étais dit qu'en règle générale, probablement, le patrimoine symbolique d'une lignée est à l'aune de son patrimoine matériel, et qu'on est peu, aussi, parce qu'on est ignorant de tout ce qui nous a conduit là, et qui donnerait peut-être mieux sens et justification au fait que y soyons. Je m'étais dit qu'il était peut-être temps, peut-être même urgent de commencer à poser des questions, avant que le silence n'enterre irrémédiablement avec leurs histoires ceux qui pouvaient les raconter. Les points nodaux de ces histoires se situent souvent là où elles croisent l'autre, avec sa grande H. Je croyais savoir que le frère de mon père avait eu 21 ou 22 ans ans en Algérie à la fin des années cinquante, qu'il n'en avait jamais rien dit sauf pour quelques rares allusions sous lesquelles je crois aujourd'hui que couvait comme une colère trop lourde, blessée. Je me suis décidé à poser des questions, avec la peur de déranger. Il y faut du temps, ménager la parole, et j'en sais encore peu. J'en sais peu et pense encore à Franck Venaille, parti vivre en pays flamand parce que les coups blancs du soleil lui étaient devenus presque intolérables.

jeudi 8 janvier 2009

au soleil de janvier



Aujourd'hui, il a fait beau et Barack Obama a fait un discours, alors comme pour rassembler dans leur grâce ce soleil et cette Amérique (la grande maigre et délicate), et tirer un fil d'araignée entre le dernier billet de l'année huit et le premier billet de la neuve, je vous demande d'applaudir Priscilla Ahn.





Qui au surplus se fondra très bien dans mon nouveau thème tendre.