dimanche 18 mai 2008

lumière

Si j'avais eu luxe de temps, j'aurais peut-être eu envie d'en dépenser à faire ici une défense et illustration de mes deux derniers films préférés, vus ce week-end - Wonderful Town du thaïlandais Aditya Assarat ; et Et puis les touristes du berlinois Robert Thalheim, auteur de l'excellent Tout ira bien, sorti chez nous il y a tout juste un an.
Deux films qui laissent la foire du cinéma battre son plein sur la grand place d'un bourg azuréen pour se couler doucement dans la saison, et ressuscitent la jeunesse d'une amour qui, un moment insoucieuse, s'adosse à l'Histoire.
J'aurais pu m'extasier sur l'attention tendue au simple d'Aditya Assarat, qui rend ses quelques maladresses futiles. Ou sur ce talent confirmé de Robert Thalheim pour ressaisir exactement de quoi tel âge de la vie est fait (ici, 18 ans) - et qu'importent, alors, un ou deux dialogues peut-être un peu trop didactiques.
Par chance, ces deux films discrets se défendent très bien tout seuls.



vendredi 9 mai 2008

le sandwich libanais

"Ce qu'on a dans la tête" : hier soir, cette excellente idée d'essayer enfin les sandwichs du libanais du haut de la rue - qui me rappelleront de ceux de Saïdoun, à Rennes, festin rituel de mes premières années d'étudiant - et de profiter du beau jour pour aller pique-niquer sur la butte, parmi les feuillages de l'ancien jardin du carmel - eh bien, ce n'est qu'une fois couché sans dormir, dans la nuit chaude de la chambre, que j'apercevrai l'évidence : que bien loin d'être improvisée, elle vient de ce que tout, alors, me parle du Liban : ce film encore en moi après trois jours, dont le pathos, par moments, m'a impatienté, mais non sans me ravir et m'inspirer de la compassion, de l'amour du pays ; cette réaction épidermique et sidérante de mon neveu de 6 ans à une minuscule carte en noir et blanc à la légende illisible, dans le Quid 1988, lorsque j'ai prononcé le mot "Liban" - que c'est là qu'Israël ils les avaient attaqués, mais qu'il va re-y-avoir la guerre et que cette fois, Israël, on va les écrabouiller - dont j'ai reparlé avec mon frère au téléphone, curieux d'en déceler l'origine ; enfin, dans la journée, la triste annonce à la radio d'un retour de la guerre, de l'offensive du Hezbollah.
Mais ce n'est pas non plus simplement que tout cela m'y ait fait penser - j'y ai si peu pensé, l'ai à ce point oublié au moment d'accomplir ce geste, et si on allait pour la première fois au libanais du quartier, l'ai si bien occulté que c'est l'inconscient qui parlait (en même temps, sans doute, que la puissance du cinéma).
Alors que tels témoins de mai 68 que j'écoute avec attention racontent que, pour eux, tout était politique, j'en déduis que pour moi, bien des choses le sont encore, et (pour que cela soit vivable, peut-être ?) qu'elles le sont parfois sur ce mode étonnant - intériorisé. J'en déduis aussi que ce conflit régional, omniprésent dans la rumeur, vit en moi comme en mon neveu, qu'il est, décidément, symboliquement mondial.

n.b. : je m'aperçois (non sans quelque surprise !) que le film en question, Sous les bombes, de Philippe Aractingi, est sorti en salles cette semaine.